L'excision ou les mutilations génitales féminines est le nom générique donné à différentes pratiques traditionnelles qui entraînent l'ablation d'organes génitaux féminins.
Bien que plusieurs justifications soient données pour le maintien de cette pratique, elle semble liée essentiellement au désir d’assujettir les femmes et de contrôler leur sexualité. En effet les
hommes historiquement en sont les initiateurs, et ce sous le prétexte de préserver la fidélité des femmes.
On estime à 130 millions le nombre de fillettes et de femmes, à travers le monde, qui ont subi l'excision et qu'au moins 2 millions de fillettes par an risquent de subir la procédure sous une forme
ou une autre. Actuellement, elles sont pratiquées dans 28 pays africains de la région sub-saharienne ainsi que dans la partie nord-est de l’Afrique. Des rapports indiquent également cette pratique
sporadique dans certains pays du Moyen-Orient et dans quelques groupes ethniques de l’Inde et du Sri Lanka.
La plupart des fillettes excisées sont marquées à vie dans leur chair et dans leur esprit. Nombreuses sont les victimes qui ne savent pas que leurs problèmes physiques et psychiques sont
directement liés à l'excision. Elles ne peuvent oublier le traumatisme et la douleur. Beaucoup de petites filles décèdent des suites du choc, de la douleur insoutenable ou d'une hémorragie.
Cette tradition concerne en effet 6 000 fillettes par jour dans des pays allant des Etats arabes à… l'Inde. En Europe et aux Etats-Unis également, jusqu'aux années 1930, on retrouve de telles
pratiques sur des jeunes filles sous prétexte de prévention de la masturbation et de l'hystérie, voire, plus généralement, de maladies psychiques. "L'excision, tout comme l'infibulation, est
pratiquée par des animistes, des catholiques, des coptes, des juifs, des musulmans, des protestants", souligne la sociologue Isabelle Gillette, tout en précisant que, pour autant, aucune religion,
ni même l'Islam, contrairement à certaines croyances, n'a jamais imposé l'excision dans ses lois.
On distingue 3 formes principales de mutilations sexuelles :
la plus courante est
l'excision ou clitoridectomie. Elle consiste en l'ablation partielle ou intégrale du clitoris et des petites lèvres.
la forme la plus grave est
l'infibulation, encore appelée "excision pharaonique". Lors de cette opération on procède tout d'abord à l'ablation du
clitoris et des petites et grandes lèvres. La vulve est ensuite suturée à l'aide de catgut, de fils de soie ou d'épines. Seul un orifice étroit est ménagé pour l'évacuation de l'urine et
l'écoulement du flux menstruel.
La sunna est la forme la moins "grave". Elle est souvent appelée aussi "excision symbolique". Elle consiste à couper la membrane du clitoris, ou à
inciser le clitoris, ou bien encore à en couper le capuchon.
La mutilation de l'appareil génital féminin est un rite millénaire. On ignore cependant où et pourquoi il s'est développé. L'excision représente actuellement pour les fillettes, avec le mariage, la
cérémonie la plus importante de leur vie : ce n'est qu'après s'être soumises au rite de l'excision qu'elles deviennent de jeunes femmes et qu'elles sont pleinement acceptées et reconnues dans la
communauté. L'excision est un sujet tabou et les petites filles ne savent pas exactement ce qui les attend. On leur fait miroiter une grande fête et beaucoup de cadeaux - la plupart ne se doutent
pas des souffrances atroces qu'elles vont endurer. L'excision fait partie de la vie de beaucoup de communautés africaines, comme chez nous la communion ou la confirmation. Beaucoup de petites
filles attendent avec impatience le jour de leur excision et sont par la suite très fières d'appartenir enfin à la communauté. Les raisons de l'excision diffèrent d'une région et d'une ethnie à
l'autre. Beaucoup pensent à tort que l'Islam prescrit l'excision. Les femmes non excisées sont considérées comme impures et incapables de maîtriser leurs pulsions sexuelles. D'autres ethnies
croient que le clitoris peut empoisonner l'homme ou l'enfant à la naissance. D'autres encore croient que le clitoris est un organe masculin qu'il convient de couper afin que la fillette devienne
une femme à part entière. Les hommes refusent d'épouser des femmes non excisées. Beaucoup d'entre eux croient que les femmes non excisées sont toujours adultères, que le clitoris retient le pénis
prisonnier lors d'un rapport sexuel et que la pénétration est impossible chez les femmes non excisées.
L'excision est un sujet tabou, quiconque en parle se couvre de honte et jette l'opprobre sur toute sa famille. C'est pourquoi cette tradition n'est que rarement remise en question. La pression
sociale et le risque de se faire exclure par la communauté sont tels qu'il est quasiment impossible pour les femmes de se rebeller contre les traditions. Durant toute leur vie, les femmes sont
conditionnées pour servir la communauté et réprimer leurs envies
L'excision en Europe - un sujet délicat
Ce problème "africain", apparemment lointain, est devenu, avec l'immigration, une réalité en Europe : aujourd'hui à Paris, Rome, Stockholm, Amsterdam, Manchester Londres ou Berlin, l'excision est
pratiquée illégalement. Et pas seulement dans la pénombre de chambres miteuses, mais aussi dans des cabinets de médecins. Par peur de sanctions, beaucoup de familles préfèrent faire exciser leurs
petites filles pendant les vacances scolaires dans leur pays africain d'origine. Dans beaucoup de pays occidentaux, l'excision est punie par la loi - du moins sur le papier. De plus en plus de
femmes africaines et occidentales se mobilisent dans ces pays pour lutter contre ce rite sanglant et faire en sorte qu'en Europe au moins, les fillettes y échappent.
La situation en France :
On estime qu'au moins 30 000 femmes et fillettes excisées vivent actuellement en France. Différentes organisations avancent le chiffre de 10 000 à 20 000 petites filles originaires d'Afrique,
exposées au risque d'excision.
La France est le seul pays d'Europe où l'excision a déjà donné lieu à plus de 20 procès. En raison du nombre élevé d'immigrants africains, l'excision est en France, depuis plus de 20 ans, un sujet
épineux et toujours d'actualité. En 1982, la petite Bobo, âgée de 3 mois, décède des suites d'une hémorragie - l'opinion publique en France s'en émeut vivement. En 1983, une Française d'origine
africaine est condamnée à une peine avec sursis pour avoir fait exciser sa petite fille - depuis lors l'excision est considérée comme une mutilation et la peine encourue peut aller jusqu'à 20 ans
d'emprisonnement.
En 1991, l'exciseuse Aramata Keita est condamnée en France à une peine de 5 ans d'emprisonnement - c'est la première condamnation à une peine de prison ferme. En 1993, des parents ayant fait
exciser leurs fillettes sont condamnés pour la première fois à une peine d'emprisonnement.
Cependant, exciseuses et parents ne sont condamnés la plupart du temps qu'à des peines avec sursis, car la loi du silence règne chez les victimes et les témoins.
L'âge de l'excision s'étale en moyenne de 4 à 12 ans, selon l'UNICEF. De fait, la plupart des traditions instaurent ce rite de passage - le plus souvent vers l'âge adulte - pour les petites filles
d'une dizaine d'années.
Néanmoins, les mutilations génitales féminines ont lieu à tout âge : du nourrisson à la femme venant d'accoucher de son premier enfant. Tout dépend de l'ethnie, mais également de facteurs
extérieurs, comme ceux de la migration, de lois locales, d'urbanisation, etc.
Virginité et chasteté sont enfin les moteurs puissants de cette tradition, les femmes ne la respectant pas étant considérées comme impures, incapables de maîtriser leurs pulsions, voire
susceptibles d'empoisonner leurs mari et enfants par leur sexe, ou même de posséder un sexe, qui, non coupé, continuerait de grandir, dépasserait celui de l'homme et pourrait même l'avaler…
L'excision permettrait, en un mot, de devenir une femme.
« Le Prophète a dit que s’il faut exciser les filles, il faut faire attention. Mais lui-même n’a jamais fait exciser ses filles. Il n’y a rien dans le Coran qui
impose l’excision ». C’est ce qu’explique l’imam sénégalais N’Diaye, Secrétaire général de l’Association nationale des imams et oulémas du Sénégal (Anios) aux foules qui justifient cette
coutume en se basant sur le Coran. Et il n’est pas le seul. De nombreux collègues se joignent à cet éclaircissement des textes et mettent en garde contre les dangers de la pratique. Au final, avec
l’aide des autorités sanitaires et des organisations non gouvernementales (ONG), des villages entiers promettent de délaisser la mutilation des organes génitaux féminins. Mais il faut consolider
les acquis et convaincre les localités tenaces.
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